Née sous l’ère industrielle, la police moderne se voit très rapidement devenir l’apanage de la culture populaire. Ainsi naît le « Genre policier » ou « Polar », courant initialement littéraire bénéficiant d’une longévité, d’un succès, et d’une diversité de production non démentie. Des romans feuilletons à la radio, en passant par le cinéma et les séries télévisées, ce genre a connu plusieurs transformations majeures. Toutes sont liées aux évolutions des institutions policières et criminelles, et plus généralement à celles de la société. Ainsi si certains aiment le policier par goût de l’élucidation ou celui de voir la justice triompher, d’autres l’apprécieront pour son intérêt sociologique et l’ambiguïté morale des personnages.

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Visuel de la série True detective (depuis 2014) de Nic Pizzolatto


La première vague : manichéisme et monolithisme

Lorsque dans les années 50 apparaîssent les premières séries télévisées policières américaines, les choses sont assez simples : Le policier incarne le sérieux et la droiture. Il est dépositaire de droits et d’une autorité ne pouvant être remis en cause. Dans les œuvres représentatives de l’époque telles Dragnet (1951-1959), ou The Lineup (1954–1960), le manichéisme est de mise. Le bien et le mal sont clairement délimités, ainsi que les acteurs de chaque camp. D’autant plus que, les policiers sont généralement représentés de manière monolithique. Dévoués à leurs missions, et n’en questionnant jamais la finalité, on n’aperçoit à peine leur vie privée. À croire qu’ils dorment tous les soirs dans le commissariat...


La carte du réalisme :

Ceci n’exclut pas toute velléité de réalisme. Bien au contraire ! Cette exigence a été prise à cœur, dès le départ, par les producteurs et les scénaristes. Ainsi nombre de vrais policiers, juges, avocats, et commissaires vont intervenir dans l’écriture des scénarios. Ce gain de crédibilité permettra aux séries télés de s’éloigner de la mélo-dramatisation théâtrale dont le genre était assez coutumier jusqu’alors.


Le format au service d’un genre

Ces séries policières se distinguent aussi par leur format épisodique. Elément princier du roman feuilleton, il sied au polar comme un gant. Chaque enquête et sa résolution peuvent tenir dans un seul et même épisode, indépendamment des autres. C’est l’occasion de voir le policier développer ses talents de détective (qui est alors la figure de héros de polar la plus répandue), et de résoudre les énigmes les plus insolubles, grâce aux technologies et son intellect.


Années 60-70 : La forme plus que le fond

La décennie des années 60-70 n’apporte pas de changement majeur. Si ce n’est dans la forme, où un certain glamour, une action un peu plus pêchue, et même de l’humour, sont à l’honneur. Notons également que désormais les enquêteurs n’agissent plus en solitaires, et des personnages féminins et représentatifs du multiculturalisme deviennent plus récurrents. Starsky et Hutch (1975-1979), Kojak (1973-1990), et Hawaï police d’Etat (1969-1981) en sont de bons exemples.


Les années 80-90 : L’émergence d’un nouveau modèle

La représentation de la police, telle que nous l’avons décrite précédemment, est progressivement remise en cause. Dans sa forme, tout d’abord, avec la série Hill Street blues (1981 -1987, sortie en France sous le titre Capitaine Furillo) où ce ne sont plus les agissements d’un ou plusieurs individus qui sont passés à loupe, mais bien d’une institution entière. On y suit une dizaine de policiers d’un même commissariat, tous services et positions hiérarchiques confondues, en proie à leur quotidien professionnel, mais également personnel. Le format épisodique s’efface au profit d’intrigues étendues se mêlant les unes aux autres, et ne trouvant pas nécessairement leur conclusion. Un modèle qui fait encore foi aujourd’hui.

 

Des personnages plus ambigus

Quant au fond, c’est la série NYPD Blue (1993 -2005) qui marque un tournant important avec comme personnage principal un policier raciste, alcoolique, homophobe et anormalement violent. Naissance d’un nouveau modèle de personnages que l’on retrouve régulièrement aujourd’hui dans les séries policières : celui d’un policier ambigu, en demi-teinte, voire immoral. En proie à des doutes et à des faiblesses diverses, il est le miroir ambulant de la perte de valeurs des sociétés contemporaines. L’un des exemples les plus frappants est Vic Mackey, personnage principal de la série The Shield (2002-2008). Bon père de famille, charismatique et compétent, ce super flic de Los Angeles reste proche du gangstérisme en trafiquant, corrompant, et intimidant tant qu’il peut sur son territoire. Pour arriver à ses fins, il n’hésitera pas à assassiner...

 

Années 2000-2010 : L’interconnexion à l’honneur

Difficile de conclure sur un sujet aussi vaste. On peut néanmoins affirmer que si le modèle feuilletonesque d’antan à encore la peau dure, comme le prouve les séries telles que Les experts, une nouvelle forme de série policières a émergé dans les années 2000 : celle de l’interconnexion. Les exemples de Sur écoute (2002-2008) et True detective (depuis 2014), nous font constater que les intrigues policières ne sont qu’un prétexte, pour dresser des réquisitoires complexes et fracassants des maux qui gangrénent nos sociétés.


Ces séries à visée sociologique mettent en perspective le crime, la politique, l’économie, et le pouvoir des médias. Et ce dans une durée et une exigence, que certains ont comparé à l’œuvre de Balzac. Comme quoi, tout se rejoint...

 

Née sous l’ère industrielle, la police moderne se voit très rapidement devenir l’apanage de la culture populaire. Ainsi naît le « Genre policier » ou « Polar », courant initialement littéraire bénéficiant d’une longévité, d’un succès, et d’une diversité de production non démentie. Des romans feuilletons à la radio, en passant par le cinéma et les séries télévisées, ce genre a connu plusieurs transformations majeures. Toutes sont liées aux évolutions des institutions policières et criminelles, et plus généralement à celles de la société. Ainsi si certains aiment le policier par goût de l’élucidation ou celui de voir la justice triompher, d’autres l’apprécieront pour son intérêt sociologique et l’ambiguïté morale des personnages.

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Visuel de la série True detective (depuis 2014) de Nic Pizzolatto


La première vague : manichéisme et monolithisme

Lorsque dans les années 50 apparaîssent les premières séries télévisées policières américaines, les choses sont assez simples : Le policier incarne le sérieux et la droiture. Il est dépositaire de droits et d’une autorité ne pouvant être remis en cause. Dans les œuvres représentatives de l’époque telles Dragnet (1951-1959), ou The Lineup (1954–1960), le manichéisme est de mise. Le bien et le mal sont clairement délimités, ainsi que les acteurs de chaque camp. D’autant plus que, les policiers sont généralement représentés de manière monolithique. Dévoués à leurs missions, et n’en questionnant jamais la finalité, on n’aperçoit à peine leur vie privée. À croire qu’ils dorment tous les soirs dans le commissariat...


La carte du réalisme :

Ceci n’exclut pas toute velléité de réalisme. Bien au contraire ! Cette exigence a été prise à cœur, dès le départ, par les producteurs et les scénaristes. Ainsi nombre de vrais policiers, juges, avocats, et commissaires vont intervenir dans l’écriture des scénarios. Ce gain de crédibilité permettra aux séries télés de s’éloigner de la mélo-dramatisation théâtrale dont le genre était assez coutumier jusqu’alors.


Le format au service d’un genre

Ces séries policières se distinguent aussi par leur format épisodique. Elément princier du roman feuilleton, il sied au polar comme un gant. Chaque enquête et sa résolution peuvent tenir dans un seul et même épisode, indépendamment des autres. C’est l’occasion de voir le policier développer ses talents de détective (qui est alors la figure de héros de polar la plus répandue), et de résoudre les énigmes les plus insolubles, grâce aux technologies et son intellect.


Années 60-70 : La forme plus que le fond

La décennie des années 60-70 n’apporte pas de changement majeur. Si ce n’est dans la forme, où un certain glamour, une action un peu plus pêchue, et même de l’humour, sont à l’honneur. Notons également que désormais les enquêteurs n’agissent plus en solitaires, et des personnages féminins et représentatifs du multiculturalisme deviennent plus récurrents. Starsky et Hutch (1975-1979), Kojak (1973-1990), et Hawaï police d’Etat (1969-1981) en sont de bons exemples.


Les années 80-90 : L’émergence d’un nouveau modèle

La représentation de la police, telle que nous l’avons décrite précédemment, est progressivement remise en cause. Dans sa forme, tout d’abord, avec la série Hill Street blues (1981 -1987, sortie en France sous le titre Capitaine Furillo) où ce ne sont plus les agissements d’un ou plusieurs individus qui sont passés à loupe, mais bien d’une institution entière. On y suit une dizaine de policiers d’un même commissariat, tous services et positions hiérarchiques confondues, en proie à leur quotidien professionnel, mais également personnel. Le format épisodique s’efface au profit d’intrigues étendues se mêlant les unes aux autres, et ne trouvant pas nécessairement leur conclusion. Un modèle qui fait encore foi aujourd’hui.

 

Des personnages plus ambigus

Quant au fond, c’est la série NYPD Blue (1993 -2005) qui marque un tournant important avec comme personnage principal un policier raciste, alcoolique, homophobe et anormalement violent. Naissance d’un nouveau modèle de personnages que l’on retrouve régulièrement aujourd’hui dans les séries policières : celui d’un policier ambigu, en demi-teinte, voire immoral. En proie à des doutes et à des faiblesses diverses, il est le miroir ambulant de la perte de valeurs des sociétés contemporaines. L’un des exemples les plus frappants est Vic Mackey, personnage principal de la série The Shield (2002-2008). Bon père de famille, charismatique et compétent, ce super flic de Los Angeles reste proche du gangstérisme en trafiquant, corrompant, et intimidant tant qu’il peut sur son territoire. Pour arriver à ses fins, il n’hésitera pas à assassiner...

 

Années 2000-2010 : L’interconnexion à l’honneur

Difficile de conclure sur un sujet aussi vaste. On peut néanmoins affirmer que si le modèle feuilletonesque d’antan à encore la peau dure, comme le prouve les séries telles que Les experts, une nouvelle forme de série policières a émergé dans les années 2000 : celle de l’interconnexion. Les exemples de Sur écoute (2002-2008) et True detective (depuis 2014), nous font constater que les intrigues policières ne sont qu’un prétexte, pour dresser des réquisitoires complexes et fracassants des maux qui gangrénent nos sociétés.


Ces séries à visée sociologique mettent en perspective le crime, la politique, l’économie, et le pouvoir des médias. Et ce dans une durée et une exigence, que certains ont comparé à l’œuvre de Balzac. Comme quoi, tout se rejoint...

 

sur écoute

Signature mail Voyage en serie Clin d'oeil de l'équipe

 

sur ecouteSur écoute

David Simon

5 saisons (2002-2008)

Certains considèrent Sur écoute comme la meilleure série policière de tous les temps. D’autres comme la meilleure série de tous les temps. Mais notons bien que ce n’est pas pour des prétextes futiles que cette œuvre est étudiée à Harvard et à la faculté de Nanterre, et qu’elle est comparée aux écrits de Balzac. On y suit sous tous les aspects, le combat d’une brigade policière contre un réseau criminel empoisonnant les quartiers populaires de Baltimore. Mais ce n’est là qu’un prétexte pour explorer l’ampleur d’un système défaillant, inégalitaire et immuable, sur lequel se basent la plupart des sociétés modernes. En montrant la rue, ses liens avec les médias, la politique, et l’économie, Sur écoute transcende le récit policier basique pour en faire une fresque dense, à la complexité hallucinante.

 

Starsky et Hutch

starsky hutchStarsky et Hutch
William Blinn
4 saisons (1975-1979)

 

Une des séries phares des seventies. On y suivait les péripéties mouvementées d’un tandem de flics de Los Angeles. Au programme courses poursuites, interventions musclées et fusillades. Des noms des protagonistes, de la musique du générique, jusqu’à la couleur de leur véhicule de service, tout dans cette série est devenu culte.

Les experts : Manhattan

Les experts manathanLes experts : Manhattan
Ann Donahue, Anthony E. Zuiker, Carol Mendelsohn
9 saisons (2004-2013)

À New York, ville peu avare en homicides et crimes divers, une équipe de la police scientifique se voit confier la responsabilité des enquêtes les plus difficiles. Pour ces Sherlock Holmes des temps modernes, les technologies les plus pointues seront des alliées de choix.

The Shield

the shieldThe Shield
Shawn Ryan
7 saisons (2002-2008)

Opérant dans les bas-fonds de Los Angeles, l’inspecteur Vic Mackey et sa « Strike team » y appliquent des méthodes expéditives, partisanes de la tolérance zéro. Respectés de leurs pairs, des concitoyens, et mêmes des criminels, ce superflic et ses adjoints sont en réalité plus crapuleux et dangereux que ceux qu’ils prétendent traquer. Extorsion, corruption, intimidation, et trafics en tous genres, constituent leur pain quotidien. Pour protéger leurs intérêts, ces hommes, passés depuis longtemps de l’autre côté de la loi, n’hésiteront pas à tuer.

True detective

True DetectiveTrue detective
Nic Pizzolatto
2 saisons (depuis 2014)

On ne trouvera pas d’exemple de séries policières, ayant connu autant de succès récemment. La raison de cet engouement : des acteurs « banquables » (Mattew McConaughey, Colin Farrell), des intrigues profondes, étendues, analytiques, aux sens de lectures multiples, et une réalisation impeccable, voire innovante. Chaque saison voit sa localisation géographique, ses personnages et son enquête changer. Mais plane toujours l’ombre du roi jaune...

 

Engrenages

engrenagesEngrenages
Alexandra Clert, Guy-Patrick Sainderichin
6 saisons (depuis 2005)

C’est l’une des rares séries françaises qui s’est exportée dans plus de 70 pays étrangers. Et certains la considèrent comme l’une des meilleures du genre, à avoir été produite dans l’hexagone. On y voit les dessous de la justice hexagonale, en suivant le quotidien d’individus aussi bien issus du corps judicaire que policier

Sherlock

sherlockSherlock
Sue Vertue
4 saisons (depuis 2010)

Créé par Conan Doyle, le mythique Sherlock Holmes s’impose comme le modèle absolu du detective. Rien d’étonnant que cette figure se voit réinterprétée et modernisée au fil du temps. C’est le cas de la série Sherlock, transposant l’intrigue initiale au cœur du Londres du 21e siècle.

Fargo

fargoFargo
Noah Hawley
3 saisons

À l’origine il y avait le film éponyme des frères Coen, sortit en 1996 sur nos écrans. On y suivait le déroulement d’un drame sinistre, et de son enquête hasardeuse. Aucune des parties impliquées ne rattrapait l’autre, et le tout était servi avec une bonne dose d’humour noir. La série se déroule dans le même univers, et l’on y croise une foule de personnages hauts en couleurs : tueurs à gages, bouchers assassins, manipulateurs de tous poils, et policiers peu compétents.

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